Parcours du pêcheur professionnel
Raïs Abdelilah kénitra Épisode 1 Partie1
C’est l’histoire d’un passionné, le « Rais » Abdelilah kénitra un pêcheur aguerri né en 1975
à Kénitra. Invité sur la chaîne, il s’assoit au milieu d’un groupe de confrères pour partager ses tout premiers pas dans le monde de la pêche. C’est un moment convivial, une discussion entre amis autour d’un verre. [00:04]Quand on lui demande comment tout a commencé, Abdelilah sourit avec nostalgie. Tout jeune, alors qu'il était encore à l'école primaire, il faisait comme tous les enfants de son âge : il allait au bord de l'oued pour s'amuser. C'est là-bas qu'il a attrapé ses premiers poissons, notamment des anguilles, simplement à la main ou en tendant un fil de nylon rudimentaire. [01:06]Avec le temps, cette passion de gosse a grandi. En grandissant, il a délaissé l'oued pour se tourner vers la mer. Au début, il continuait à pêcher de manière très artisanale à la main, en cherchant des loups de mer ou d'autres petits poissons sous les rochers. C’est finalement vers les années 1995-1996 qu’il a décidé de passer aux choses sérieuses en s'achetant sa toute première canne à pêche. Sa famille ne s'y est jamais opposée ; au contraire, ses parents préféraient le savoir tranquille au bord de l’eau, loin des mauvaises fréquentations des cafés. [01:19]Mais débuter à la canne n’est pas si simple. Abdelilah se souvient d'être resté de longues heures à observer les pêcheurs expérimentés remonter du poisson alors que lui ne sortait rien. Il a vite compris que la pêche était tout un art : le choix du fil, la façon de faire les nœuds, d'escher l'appât… Autant de petits détails qui font toute la différence. Heureusement, il a croisé le chemin de pêcheurs généreux qui ont accepté de lui transmettre leurs secrets de fabrication. [02:34]Abdelilah insiste beaucoup sur cette transmission. Il regrette d’ailleurs qu’aujourd’hui, certains pêcheurs chevronnés soient devenus plus individualistes, refusant d’aider les novices, alors que selon lui, la pêche est avant tout un partage, une « sadaka jariya » (une bonne action continue). [03:30]Il raconte ensuite avec beaucoup d'humour et d'autodérision sa toute première aventure mémorable en mer, en 1998, sur la jetée de Mehdia (le "Ras Elmoul"). Équipé d'une canne bon marché en trois sections et d'un fil un peu usé, il s'est installé à côté de quatre ou cinq grands professionnels. Contre toute attente, c’est sur sa ligne de débutant qu’un énorme poisson a mordu ! Voyant sa canne plier et s’agiter dans tous les sens sous les cris des autres pêcheurs qui demandaient « À qui est cette canne ? », Abdelilah, complètement dépassé et paniqué, s'est mis à crier lui aussi « À qui est cette canne ? ! » en oubliant que c’était la sienne, ce qui fait éclater de rire toute l’assemblée. [05:01]Un pêcheur plus expérimenté a dû prendre les commandes pour l'aider à remonter la bête — un grand loup de mer (ouahla) —, lui montrant la technique pour fatiguer le poisson en lui donnant du mou puis en tendant le fil. Même si le fil a fini par casser, cette expérience riche en adrénaline a forgé sa confiance et son amour pour la discipline. C'est à partir de ce jour-là qu'il a commencé à investir dans du meilleur matériel et à s'intéresser aux poissons plus combatifs comme le grand courbine, qui demande une technique et une patience hors du commun. [07:35]
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Raïs Abdelilah kénitra Épisode 1 Partie 2
Dans ce deuxième volet, le « Rais » Abdelilah kénitra , le pêcheur chevronné
originaire de Kénitra, continue de partager sa passion et de plonger dans des souvenirs marquants, notamment ceux qui entourent ses débuts sérieux dans la quête de grands poissons comme le courbine ou le loup de mer. Il s'attarde avec beaucoup de sincérité sur une époque bien précise de sa vie, lorsqu'il était encore au lycée avec son ami proche. [00:13]À cette période, la transition entre la pêche de loisir un peu naïve et une approche plus rigoureuse s'est imposée à lui. Abdelilah se souvient de la discipline et de la patience qu’exigeaient ses premières grandes sorties en mer. Il raconte à quel point l'apprentissage de la lecture de l'eau, du choix des marées et surtout la maîtrise du matériel sont devenus obsédants. C'est à ce moment-là que l'équipement de pêche a commencé à peser plus lourd, non seulement dans ses mains, mais aussi financièrement et stratégiquement dans sa vie de jeune homme. [01:05]Le cœur de ce témoignage repose sur l'évolution technique. On le sent revivre ces moments de doutes au bord de l'eau, les longues attentes parfois infructueuses, suivies soudainement par la montée d'adrénaline lorsque le scion de la canne s'agite enfin. Abdelilah aborde également les spécificités des lieux de pêche de sa région, notamment autour du port et de la jetée de Mehdia. Il explique que pour espérer sortir de grosses pièces, il fallait savoir repérer les bons moments de la journée et comprendre comment les courants rabattaient les proies. C'est cette école de la patience, faite de partages au milieu de la nuit entre amis et d'enseignements reçus des anciens, qui a forgé le pêcheur de haut niveau qu'il est devenu aujourd'hui. [08:39]
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Raïs Abdelilah kénitra Épisode 1 Partie 3
Dans ce troisième volet, l’atmosphère reste chaleureuse et complice
Ses compagnons de pêche demandent au « Rais » Abdelilah s’il a déjà vécu un combat mémorable avec un courbine qui l’a profondément marqué. Abdelilah confirme sans hésiter : il y a eu deux combats gravés à jamais dans sa mémoire. [00:13]Il se souvient d'une fin d'après-midi en mer, vers 17h, alors que le soleil commençait à décliner à l'horizon. Installé sur la jetée de Mehdia avec deux autres pêcheurs, il avait esché sa ligne avec un morceau de sardine fraîchement achetée au port. Tout à coup, sa canne (équipée d’un moulinet Mitchell, d'un corps de ligne en 50 et d'un bas de ligne en 60) s'est pliée de manière spectaculaire. Le poisson était d'une puissance colossale : sur les 300 mètres de fil que contenait son moulinet, la bête a tout déroulé à une vitesse folle, ne lui laissant à peine que 20 ou 30 mètres de marge ! [02:14]Ce qui a le plus impressionné Abdelilah, c'est que le poisson ne suivait pas le courant habituel ; il nageait à contre-courant, en direction de l'oued, traînant le plomb lourd sans même sembler en ressentir la gêne. Abdelilah a dû serrer son frein au maximum, maintenant fermement sa canne qui pliait à sa limite absolue, au point qu’il s’attendait à la voir se briser d'un instant à l'autre. Après un combat acharné et épuisant qui a duré de la fin d'après-midi jusqu'à la tombée de la nuit, le poisson a fini par se décrocher, la sardine ayant glissé ou la tension ayant relâché la prise. Malgré la déception de ne pas l’avoir remonté, Abdelilah sait qu’il avait affaire à un monstre marin dépassant de loin les poids standards de 30 ou 40 kilos. [03:01]Quand ses amis lui demandent s'il a déjà pêché d'autres espèces avec d'autres techniques, comme la "pelota" ou la traque du sar (chargho), il répond avec une grande franchise : il n'a jamais pratiqué ces techniques et s'est toujours consacré exclusivement à la pêche au lancer (lancer-ramener / surfcasting). Il se rappelle avec nostalgie qu'à ses débuts, le littoral de Mehdia regorgeait de poissons, au point qu'on pouvait facilement ramener des dizaines de sars et des bars de plus de 15 kilos en une seule sortie, une richesse marine qui s'est malheureusement raréfiée aujourd'hui avec l'urbanisation et la pollution. [05:22]Interrogé sur le fait de savoir s'il est déjà parti pêcher seul dans les eaux réputées du Sud ou du Sahara marocain, il avoue n'y être jamais allé, car la richesse de sa région lui suffisait à l'époque, même s’il espère organiser un voyage de groupe là-bas à l'avenir. [08:39]Pour clore cette belle entrevue, Abdelilah partage un précieux conseil destiné aux jeunes et aux pêcheurs débutants. Il insiste sur l'importance de l'équilibre de vie : la pêche doit rester un loisir et une passion (« هواية »). Si l'on est étudiant ou en plein apprentissage d'un métier, il ne faut jamais abandonner ses obligations professionnelles ou scolaires pour le plaisir de la mer. Enfin, il rappelle une règle de sécurité fondamentale : la mer comporte des risques (glissades, vagues de fond), il ne faut donc jamais partir pêcher seul sur les rochers ou les jetées. Il termine en saluant chaleureusement toute la communauté des pêcheurs du Maroc et d'ailleurs. [09:22]
