Le poisson roi des rochers de l'Atlantique marocain

Le Sar commun

Comment le reconnaître, où il vit, comment il se reproduit, ce qu'il mange, et surtout comment le pêcher sur les côtes de l'Atlantique marocain — sans le confondre avec ses cousins.

Comment reconnaître le sar commun

Corps argenté, bandes noires et une tache caractéristique sur la queue.

Le sar commun (charghoo) a un corps ovale, assez haut et aplati sur les côtés. Sa robe est gris argenté, avec 7 à 9 bandes sombres verticales qui barrent ses flancs — ces bandes s'effacent après la mort du poisson, donc elles sont surtout visibles sur un poisson vivant ou tout juste sorti de l'eau.

Un autre signe qui ne trompe pas : une tache noire en forme de selle, juste avant la queue. Ses opercules (les plaques derrière les yeux) sont bordés de noir.

Il a aussi une dentition particulière pour un poisson : 8 incisives sur chaque mâchoire, plus plusieurs rangées de molaires à l'arrière, ce qui lui permet de casser à peu près n'importe quelle coquille.

Les adultes mesurent en général 25 à 30 cm et peuvent atteindre 45 cm. Sur nos côtes atlantiques, certains sujets dépassent 1 à 2,5 kg, avec des records qui montent jusqu'à 4 kg.

Mâle ou femelle : comment le savoir ?

Un poisson qui change de sexe en grandissant.

Chez le sar commun, impossible de distinguer un mâle d'une femelle à l'œil nu — les deux se ressemblent presque parfaitement à l'extérieur, et il n'existe pas de signe fiable pour trancher simplement en le regardant.

La raison : c'est un hermaphrodite protandre. Chaque sar naît mâle, puis change de sexe en grandissant pour devenir femelle. Sur le terrain, la taille peut donner une indication statistique (les plus gros individus ont plus de chances d'être des femelles), mais ce n'est pas une règle absolue.

Où vit le sar commun

Un poisson des rochers, présent sur toute la côte atlantique marocaine.

Le sar commun est un poisson côtier qu'on trouve sur le plateau continental, entre 1 et 30 mètres de profondeur. Il aime les fonds rocheux et les herbiers, où il trouve des failles pour se cacher — ce que les pêcheurs marocains appellent parfois des "ragues".

Sur l'Atlantique, on le rencontre de la Bretagne jusqu'au Sénégal : le Maroc est donc en plein cœur de sa zone de répartition.

Les petits sars vivent en bancs, parfois nombreux, tandis que les plus gros individus préfèrent nager seuls ou en petits groupes — ce qui les rend plus prudents et plus difficiles à approcher.

La reproduction

De la ponte en pleine eau jusqu'aux jeunes sars sur la côte.

La période de reproduction du sar commun atlantique s'étale de décembre à mai, avec un pic entre janvier et février.

La fécondation se fait à l'extérieur du corps : le mâle et la femelle libèrent leurs cellules reproductrices directement dans l'eau, où la rencontre se fait au gré du courant — il n'y a donc pas d'œufs "portés" par la femelle comme chez d'autres animaux, ni de nid préparé à l'avance.

Une fois fécondés, les œufs puis les larves restent en pleine eau, portés par le courant (on dit qu'ils sont "planctoniques"), avant de rejoindre la côte quelques semaines plus tard sous forme de jeunes sars.

La croissance est ensuite assez rapide : le sar commun atteint sa maturité sexuelle vers l'âge de 2 ans, pour une taille d'environ 20 cm.

Ce que mange le sar commun

Un grand amateur de moules, de crabes et de coquillages.

Jeune, le sar commun mange un peu de tout. En grandissant, il devient surtout un chasseur de coquillages et de crustacés : moules, crabes, crevettes, oursins, vers marins...

Il utilise sa dentition puissante pour casser les coquilles directement sur place. C'est un poisson qui a une vraie préférence pour les moules, ce qui explique pourquoi on le trouve souvent regroupé autour des zones où elles poussent en abondance sur les rochers.

Le calendrier du sar

À quelle période le trouver, et à quelle période le pêcher.

PériodeCe qui se passe
Décembre à févrierPériode de reproduction principale, avec un pic en janvier-février
Mars à maiFin de la reproduction, puis arrivée progressive des jeunes sars près de la côte
Juin à aoûtForte présence près des rochers, surtout quand l'eau est claire et calme
Septembre à novembreBonne période de pêche, sar toujours actif près des zones rocheuses battues par la houle

Ses forces et ses faiblesses

Ce qui le rend difficile à approcher, et ce qui le fait quand même mordre.

Ses points forts

Le sar commun est combatif pour sa taille : rapide, nerveux, et capable d'utiliser les rochers pour se défendre une fois ferré. Attention aussi à ses nageoires dorsales, dont les épines sont bien piquantes. Sa vraie force, c'est sa méfiance : plus il est gros, plus il devient prudent et difficile à approcher.

Ses points faibles

Son appétit pour les moules et les crustacés reste son principal point faible : un bon appât naturel, posé au bon endroit — une zone battue par la houle, près des moules — reste le moyen le plus sûr de le faire mordre.

Comment pêcher le sar commun

Bon appât, bon spot, bon moment.

Techniques

Pêche au posé, au flotteur, à soutenir, ou à la palangrotte.

Meilleurs appâts

Moules, vers marins, crevettes, crabes, morceaux de calamar.

Meilleurs spots

Zones rocheuses, pointes, bordures roche-sable, zones battues par l'écume.

Meilleurs moments

Tôt le matin, fin d'après-midi, et par mer un peu formée qui remue le fond.

Ne le confonds pas avec ses cousins

Plusieurs poissons portent le nom "sar" au Maroc — voici comment les reconnaître.

Sar tambour
Boubradaa
5 larges bandes verticales sombres, lèvres épaisses, corps gris argenté avec des reflets dorés.
Sar à museau pointu
Chiliya
Museau nettement plus pointu que les autres sars, lèvres fines, tache du pédoncule caudal en forme d'anneau.
Sar à tête noire
Hadad
Une grande bande noire bien visible juste derrière la tête, comme une collerette — le signe le plus facile à repérer.
Sparaillon
Rabaje
Plus petit que les autres sars, corps clair sans grosses bandes, tache noire en anneau sur le pédoncule caudal, nageoires du ventre jaunes.
Sar commun méditerranéen
Charghoo remal
Très proche du sar commun atlantique (mêmes bandes, même tache caudale) — la différence se fait surtout par la zone : lui vient plutôt de Méditerranée.

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