Parcours du pêcheur professionnel

Abdellah Sebbar Épisode 1 Partie1

Dans cette nouvelle édition de l'émission consacrée aux parcours des pêcheurs professionnels

l'équipe s'installe sur une plage brumeuse pour accueillir le « Rais » Abdellah Sebbar. Né en 1983 à Casablanca, plus précisément dans le quartier populaire de Derb Ghallef, il a grandi et s'est forgé en tant que pêcheur dans la région côtière de Tamaris. [00:13]Interrogé sur ses premiers contacts avec l'univers marin, Abdellah confie avec nostalgie que sa passion a débuté très tôt, dès l'âge de 6 ou 7 ans. À l'époque, il suivait les enfants plus âgés de sa famille et ses voisins jusqu'à la plage. N'ayant pas encore de canne à pêche, les débuts se faisaient de manière très artisanale : ils utilisaient de simples bouteilles en plastique percées, fixaient une ligne dessus, et y inséraient des morceaux d'escargots de mer (« bbouche ») écrasés en guise d'appât. Ils plaçaient ensuite ce dispositif rudimentaire dans de petites mares d'eau ou des zones calmes pour attraper de petits poissons rocheux que l'on appelle localement « m'iza ». [04:59]À cette époque, à Derb Ghallef et à Tamaris, le véritable matériel de pêche (fils de nylon de qualité, plombs, hameçons fins) était une denrée rare et chère pour des enfants. Abdellah se souvient d'un marché hebdomadaire qu'ils attendaient tous avec impatience : un vieux monsieur venait une fois par semaine vendre un peu de matériel de récupération, des hameçons et de petits accessoires. Pour les plombs, les enfants devaient se débrouiller en allant voir les mécaniciens du quartier pour récupérer des écrous usagés (« l'krou »), qui faisaient parfaitement l’affaire pour lester leurs lignes. [08:21]C'est vers l’âge de 7 ans qu’Abdellah franchit une étape cruciale en tentant sa première expérience sur l'eau à bord d'une chambre à air de camion (« shombrir »). Poussé et mis en confiance par son cousin Hicham Saadan — à qui il rend un vibrant hommage —, Abdellah a bravé l'interdiction de ses parents pour s'aventurer en mer. Il se rappelle de l'excitation totale de cette nuit-là, de l'incapacité de dormir tant l'adrénaline et la joie de partir pêcher au petit matin étaient fortes, une sensation comparable à la veille de la fête de l'Aïd. [12:08]Une fois arrivés au bord de l'eau, ils préparaient leur appât de prédilection : la "pelota" à base de sardine fraîchement achetée au port, qu'ils nettoyaient et malaxaient avec du sable et de la farine pour obtenir la consistance parfaite. C'est à force d'observation en observant minutieusement les gestes des plus grands qu'Abdellah a appris à monter ses lignes et à perfectionner sa technique de pêche au bouchon (« ferchiya »). Cette enfance rythmée par l'apprentissage sur le tas a fait naître sa passion absolue pour les poissons combatifs, et en particulier le sars (« sar » / « sargal »), qui reste le roi de ses souvenirs d'enfance. [13:30]

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Abdellah Sebbar Épisode 1 Partie 2

C'est l'histoire d'un pêcheur passionné, le Rais Abdallah, qui raconte ses débuts

et ses souvenirs marquants face à la mer. Quand il était plus jeune, la pêche à la canne traditionnelle ("pilota") ne se pratiquait pas de la même façon. Ils partaient pêcher la nuit en utilisant des chambres à air de tracteurs ou de gros camions comme embarcations de fortune. À l'époque, le matériel était rudimentaire : un moulinet simple, du fil, des hameçons et de la "sardine" ou de la "cabillaud" comme appâts. Il se souvient que la mer était incroyablement poissonneuse, à tel point que lorsqu'ils ramenaient de grosses quantités à la maison, on leur disait parfois de tout rejeter tellement il y en avait.Le Rais Abdallah partage plusieurs anecdotes intenses qui ont forgé son expérience. La première concerne une nuit mémorable en mer à bord d'un Zodiac avec deux de ses cousins. Ils étaient partis vers 18h pour passer la nuit à pêcher. Vers minuit, il attrape un énorme congre ("sannour"). Alors qu'il tente de le remonter, la créature se débat violemment et finit par mordre et percer le Zodiac ! Paniqués à l'idée de couler en pleine nuit, ils ont dû s'organiser très vite : l'un bouchait le trou de ses mains, l'autre écopait l'eau, pendant qu'ils utilisaient des pompes à pied pour maintenir l'embarcation gonflée. Ils ont dû couper l'ancre et ramer au maximum pour rejoindre le rivage sains et saufs à Sidi Rahal, épuisés mais vivants.Une autre fois, alors qu'il pêchait seul sur sa chambre à air à l'aube, il s'est préparé à lancer son ancre, mais celle-ci s'est accrochée et a accidentellement percé sa bouée. La chambre à air s'est dégonflée instantanément. Secoué par trois grosses vagues successives, il a dû lutter en s'agrippant à ce qui restait de son matériel, porté par son instinct de survie et sa confiance absolue en la mer.Pour lui, la pêche est une école de patience, de courage et de respect. Malgré les dangers, la mer reste sa passion suprême et le lieu où il se sent le plus libre.

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Abdellah Sebbar Épisode 1 Partie 3

Dans cette vidéo, l'animateur et ses invités reviennent sur le parcours du Rais Abdallah

et l'évolution des techniques de pêche. Ils soulignent d'abord à quel point l'apprentissage a changé : autrefois, il n'y avait pas d'internet ni de tutoriels vidéo. Pour apprendre à faire un nœud d'hameçon ou à maîtriser une technique, il fallait observer les anciens sur le terrain, être patient, rendre service et faire ses preuves pour que les "Rais" acceptent de partager leurs secrets.Le Rais Abdallah explique ensuite comment son équipement a évolué. Il est passé de la pêche à main levée à l'utilisation de cannes de 2,5 à 3 mètres, puis à l'introduction de la "Fizga" (la gaffe). Les lignes se sont aussi affinées avec le temps. Il mentionne qu'en été, lorsque le poisson se faisait plus rare, ils utilisaient la technique du "Palangri" (palangre) entre les rochers, une méthode rudimentaire mais très efficace à l'époque, qui permettait de ramener de belles pièces. Bien qu'il ait passé près de 31 ans à arpenter la mer (commençant dès l'âge de 6 ans), il confie avec humour qu'il n'a pas encore tout fait, mais que la mer reste le meilleur remède pour chasser les soucis de la vie quotidienne.Il partage deux grandes anecdotes marquantes. La première remonte à son adolescence, lorsqu'il est parti pêcher à l'aube sur une chambre à air avec son jeune cousin. Après deux heures sans aucune prise, ils changent de spot et préparent un appât broyé à base de crabes, de bigorneaux et de moules mélangés à du sable pour amorcer la zone. Dès qu'ils lancent leurs lignes avec des morceaux de pomme de terre ("btata"), c'est une frénésie incroyable : ils enchaînent les loups-bars et les sars au point de remplir un sac entier de 50 kg ! Ils sont rentrés au rivage ivres de joie, en chantant et en criant de bonheur.La seconde anecdote concerne son plus grand combat en mer. Une nuit, vers minuit, alors qu'il pêchait du bord avec son ami Rachid, il prépare une ligne de fond costaud (du 80 en empile, plomb de 100g, hameçon n°7) eschée avec un tentacule de poulpe retourné. Soudain, sa canne se plie violemment et le poisson commence à vider le moulinet sans s'arrêter. Comprenant la taille du spécimen, il décide de ne pas forcer sur le moulinet mais de travailler le poisson à la canne, en alternant tractions et relâchements. Après une lutte acharnée, son ami l'aide à hisser sur le sable un congre ("sannour") massif de 12 kg, mesurant pratiquement sa propre taille ! Il évoque aussi un autre combat nocturne mémorable à la sardine retournée où, malheureusement, un poisson surpuissant a fini par ouvrir complètement son hameçon n°7 avant de s'échapper.Pour conclure, le Rais Abdallah s'adresse aux débutants en leur rappelant que la pêche est avant tout l'école de la patience. Il leur conseille vivement de s'entourer de pêcheurs expérimentés et professionnels pour apprendre les vraies bases, plutôt que de se fier aveuglément à certaines vidéos erronées que l'on trouve parfois sur internet.

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